Petites Musiques de Trains — Épisode 11

Cuatro milpas

Aéroport du D.F (ciudad de Mexico) / 25.06.12 / 12.36

Ça y est, fini les cafés frappés à l'Oxxo, les tortas especiales et les sirènes de train, bye bye Mexico, hasta la vista Chihuahua, je suis sur le retour, content de rentrer au pays, de pouvoir me relâcher et regarder la vie autrement qu'à travers la lentille d'une caméra.

Quatre semaines de tournage et le "Chihuahua freestyle" au bout, qui achève un peu. Difficile de planifier ici, la sensation de surfer en permanence, sans grand contrôle sur les choses, trois heures d'attente par exemple, pour filmer Oscar et son groupe dans un festival de skate, qui s'achèvent par un : "on ne peut pas jouer, le batteur ne vient pas"… Chihuahua freestyle… Les gens rappellent ou répondent aux textos quand ils veulent, "si si Joel, te marco" , c'est ça ouais… Parfois, c'est la messagerie, plusieurs jours de suite, disparition de la circulation d'Angelica, une mariachi interviewée il y a trois jours, ou encore ce DJ qui m'annonce à 17h qu'il ne sera pas là au rendez-vous de 10h… bref, le Chihuahua freestyle, il faut gérer ;

En revanche, ça a son charme quand on ne travaille pas. On débarque chez les uns et chez les autres sans prévenir, sans regarder sa montre, il y a beaucoup d'improvisation, on vit les deux pieds dans le présent ; la contradiction, c'est que ça a été un bonheur pour mon projet cette spontanéité naturelle, on filme là où on est. Ici ? oui. Quand? maintenant. Ces quatre semaines sont passées très vite, l'impression d'avoir été tiré par un élastique depuis mon arrivée à La Paz, une projection vers l'avant permanente qui a comme accéléré le temps ; une nouvelle journée, une nouvelle ville et toujours la même idée fixe, trouver des musiciens, discuter, convaincre, organiser, filmer. Pas le temps de se retourner. Pendant un mois, j'ai profité de la vraie vie en retenue, aux aguets, avec mon seul objectif en tête. Un paysage magnifique, une situation intéressante et il fallait que je filme. Un musicien que je rencontre et je fais l'équilibriste, entre curiosité et froideur, la jouant tactique, parlant plus que lui pour éviter qu'il ne se raconte trop, sa vie, je veux qu'il me la dise devant la caméra, le naturel, c'est la première prise, on le sait.

Au fur et à mesure du tournage, j'ai épuré mon jeu, trouvé de nouvelles tactiques, parler, filmer moins mais mieux, sentir les coups, tenir son fil conducteur en restant ouvert aux situations et, au bout du compte, je crois que j'ai appris quelques ficelles de tournage, une belle expérience donc, quelques belles séquences aussi, Luis et sa grand-mère qui chantent ensemble dans la lumière, ce gros son de psyché cumbia, quelques belles paroles aussi. Quoi qu'il en soit, "on verra au montage" comme dirait l'autre, près de 700 Giga, ce n'est pas rien, il faudra prendre une bonne dose de mescal avant de se coller au montage. En attendant, Los Angeles et puis Pariiiiiiiiiiiis.

Hâte de vous voir les amis.

Joel