Petites Musiques de Trains — Épisode 2

Cuando dos almas se quieren

En mer, entre La Paz et Topolopambo / 25.05.12 / 14h00

Je suis arrivé à La Paz un peu sur mes gardes et un tantinet tendu, j'en repars enthousiaste et plein d'énergie.

Il a d'abord fallu s'habituer à la chaleur du pays et au rythme de vie mexicain, ralentir ses gestes, marcher plus doucement, faire la siesta dans l'après-midi. Rentrer dans la langue aussi, petit à petit, une langue qui me semble parfois complètement étrangère, à des kilomètres de mon espagnol propret et scolaire comme il faut. Certaines expressions, certains accents m'appuient la tête sous l'eau, mais dans l'ensemble, ça va, je me maintiens à peu près à flot, je chipe tous les mots que je peux, sur les panneaux dans la rue, dans les journaux et dans la bouche de mes interlocuteurs (¡Que honda pendejo !).

À peine arrivé, premier test linguistique donc, le taxi qui me dit, et ça, j'aurais peut-être préféré ne pas le comprendre : "quarante-neuf personnes ont été retrouvées décapitées (decapitadas) dans le nord, impossible de les identifier, les têtes avaient disparues, tu comprends bien. "Bienvenido en Mexico, Roël !" Mais La Paz, c'est tranquille, tu verras, ce sont les gens de la drogue, ils se tuent entre eux de toute manière, ne t'inquiète pas".

Deux jours plus tard, je confirme, La Paz dort comme un loir, surtout entre une et quatre heures. Je me secoue finalement, un peu de vélo-découverte et une plongée le troisième jour. Dans le petit bateau qui nous emmène au large, vers l'île de Santo Espiritu, je rencontre le commandant d'un navire de la marine française qui fait escale à La Paz et dont l'équipage a été lâché dans les rues de la ville, assoiffé de sexe et d'alcool. La plongée est assez folle, des otaries sous l'eau à deux mètres, des poissons caméléons qui se confondent avec les rochers, des coraux multicolores qui font mal aux yeux. Un dépose-minute pour le commandant et son second, abordage du gros bateau gris, déploiement de l'échelle de corde, le commandant qui grimpe, "gracias ! Hasta la vista !", on comprend qu'il reprend le contrôle du vaisseau au moment où le matelot annonce, à travers les hauts-parleurs : "Le commandant est à bord" (scène de film).

Une heure plus tard, à quai, cerveza y tacos, coup de barre, coups de fil, Felipe débarque, m'emmène dans son antre, une sorte de cabane-coloc cracra mais bon esprit, avec des fenêtres cassées, des mots laissés sur les murs par des gens de passage, des girafes dessinées sur les portes et du Nutella au petit dej'.

Le lendemain, rencontre avec mes premiers musicos, deux vidéos enregistrées, un groupe guitares-voix qui parle social et politique et un ovni, un adolescent rouquin à la voix de castra, moments de partage, plaisir, plaisir, je crois que je n'aurais pas pu rêver mieux comme début. C'est un bon premier tour de chauffe, l'occasion de mettre à l'épreuve mon attirail de go go gadget qui fascine tant ; mais le "vrai" trip commence demain, à Los Mochis, d'où je prendrai le train dans quelques jours.

Besos a todos.